Visite en Italie: Discours de S.E. Paul BIYA à l’Université Tor Vergata

Monsieur le Président de la Conférence des Recteurs des Universités italiennes, Monsieur le Recteur de l’Université de Rome Tor Vergata, Eminents membres  de la communauté universitaire italienne, Chers invités, Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi de vous remercier  très sincèrement de  votre accueil, si chaleureux, au sein de la prestigieuse Université de Rome Tor Vergata. Je vous exprime, en outre, ma profonde gratitude pour la Médaille d’Or que la Conférence des Recteurs des Universités italiennes vient de me décerner. Les paroles, combien aimables, que vous avez eu la délicatesse de tenir à mon endroit, à l’endroit de mon épouse et de mon pays, me touchent profondément. Du fond du cœur, je vous dis merci. La haute distinction que vous venez de m’accorder, honore le peuple camerounais tout entier. En effet, par cet acte, c’est l’ensemble de la communauté universitaire italienne qui rend hommage aux efforts que nous menons, au Cameroun, pour rénover notre système universitaire. Nous le faisons dans la sérénité, l’harmonie sociale et l’intégration de toutes les cultures nationales endogènes. Nous ne perdons  pas de  vue l’apport,  si fécond, des cultures étrangères, à l’instar de celle de votre beau pays. Nous nous soucions également de la promotion du bilinguisme (anglais et français), héritage de notre Histoire.  S’agissant de votre magnifique pays, l’Italie, je suis heureux de me retrouver ici, non loin de Bologne, ville où est né le système Licence – Master – Doctorat (LMD). Je rappelle que les Chefs d’Etat d’Afrique Centrale – dont je suis – ont adopté officiellement ce système le 11 février 2005 à Libreville. Nous en récoltons déjà des fruits visibles.  Je citerai, entre autres : –  la professionnalisation des enseignements, –  l’acquisition des compétences, – et la valorisation des acquis de l’expérience.  Nous ne sous-estimons pas la diffusion des connaissances théoriques. Mais, nous souhaitons que celles-ci s’intègrent harmonieusement dans une nouvelle dynamique : –  l’assurance-qualité, –  l’expertise professionnelle, – et l’aptitude des diplômés à l’emploi. L’université camerounaise apparaît, sous cet angle, comme un puissant moteur de développement économique, social et technologique. Elle permet aux étudiants de devenir des citoyens responsables et utiles à leur pays, voire à leur sous-région, des hommes et des femmes compétents qui savent s’adapter aux mutations de leur environnement.  Nous allons consolider cette option, articulée autour des savoirs pratiques et du numérique éducatif. Nous allons,  notamment, procéder à la multiplication effective des incubateurs d’entreprise, au sein des institutions universitaires.  L’objectif recherché est d’apprendre aux étudiants, toutes disciplines confondues, à créer et à gérer des entreprises. Plusieurs  « juniors– entreprises » ont déjà été  mises sur pied et fonctionnent, à la satisfaction de tous. Les étudiants se familiarisent, ainsi, avec  leur  mission socioéconomique qui est de contribuer à l’émergence du Cameroun à l’horizon 2035. Ils sont appelés à devenir de plus en plus performants, dans un monde où sévit une concurrence sévère. Ils seront plus aptes à affronter efficacement les dures réalités de la mondialisation.  Nous envisageons celle-ci comme une  globalisation à visage humain où chaque Etat a la place qu’il mérite. Cette globalisation  positive s’inscrit dans le cadre de l’interdépendance des nations, du co-développement et du dialogue des cultures. Elle contribue à l’avènement d’un nouvel ordre mondial basé sur l’équité, le progrès et la fraternité universelle.  Le développement, tel que nous le concevons dans l’optique du « libéralisme communautaire », doit tendre vers l’épanouissement de tous et de  chacun. Il tient compte du bien-être  de toutes les couches socio-professionnelles, de toutes les générations, de toutes les aires linguistiques, géographiques, confessionnelles et sociologiques. Personne ne devrait être marginalisé ou ignoré.   Il importe d’œuvrer à l’avènement du bien-être de tous. La juste répartition des fruits de la croissance est devenue un impératif catégorique. La prospérité et la coexistence pacifique des Etats libres et souverains apparaissent comme le nouveau défi de la globalisation.  Cette globalisation est sous-tendue par la démocratie de rassemblement et de progrès, le respect des droits de l’homme et la défense de la bonne gouvernance. Elle s’épanouit dans un monde où la science et la technologie sont au service de l’homme. Un monde où l’humanisme tempère les dérives du mercantilisme. On le sait depuis Protagoras : l’homme est la mesure de toute chose. Ainsi se vérifie la célèbre maxime du poète latin Térence : « homo sum : humani nihil a me alienum puto » (je suis homme : rien de ce qui est humain ne m’est étranger).  Au regard de cette vision humaniste, l’Université nouvelle que nous promouvons au Cameroun est un multiplicateur de la croissance équilibrée, grâce à son ancrage dans l’économie réelle. C’est un catalyseur des idées neuves. Un creuset de l’inventivité et de la créativité. Un fédérateur de la solidarité humaine à l’échelle planétaire par la science et la compétence.
Monsieur le Président de la Conférence des Recteurs des Universités, Monsieur le Recteur de l’Université de Rome Tor Vergata, Eminents membres de la communauté universitaire italienne,  Je suis vraiment heureux de me retrouver ici, dans un pays où l’humanisme a une histoire plusieurs fois séculaire. Comme  nous le savons tous, à partir de ses lointaines origines indoeuropéennes, Rome est le berceau incontestable de la civilisation grécolatine. Créée au 8è siècle  avant Jésus-Christ, cette cité est le socle de  l’humanisme judéo-chrétien dont elle a jeté les bases philosophiques. Nous apprécions, au Cameroun, la richesse  et la densité intellectuelles de cet héritage ancien. C’est ici,  à Rome, qu’ont  émergé bon nombre  d’artistes, de penseurs, juristes, architectes, orateurs, stratèges dont le monde s’inspire depuis des siècles.  L’Université de Rome Tor Vergata est un  temple du savoir. D’ici, je rends un vibrant hommage à ces monuments de l’Histoire. Ils  ont brillé  dans cette cité et leur génie a illuminé l’univers. Je rends  aussi hommage aux savants du Moyen-Age qui ont créé l’Université de Bologne aux 12è et 13è siècles. Ils ont notamment mis sur pied une célèbre faculté de droit. Grâce à eux, l’Italie s’est hissée au premier rang des nations qui ont contribué, de manière décisive, à l’éclosion de l’Institution universitaire en Europe et dans le monde.
Je me félicite, enfin, du dynamisme de la coopération universitaire entre l’Italie  et le Cameroun. Je souhaite qu’elle se renforce toujours davantage.
Je vous renouvelle mes remerciements les plus chaleureux pour la distinction que vous avez bien voulu m’accorder. La Médaille que vous m’avez décernée en est le symbole le plus émouvant. Et, je vous souhaite plein de succès dans vos activités scientifiques, culturelles et intellectuelles.
Vive l’Université de Rome  Tor Vergata ! Vive la communauté universitaire italienne ! Vive la  coopération universitaire ItalieCameroun ! Vive l’amitié entre nos deux pays ! Je vous remercie.paul Biya Univ vergata