Massacre des bérets rouges au Mali: Sanogo devant la barre

Le procès du général putschiste et ses hommes, accusés d’assassinat d’une vingtaine de soldats en 2012 s’est ouvert hier devant la Cour d’assises de Sikasso.

Amadou Haya Sanogo est arrivé hier matin dans la salle de spectacle Lamissa Benghaly de Sikasso souriant et l’air détendu. Flanqué de deux militaires commis à sa garde, l’ancien putschiste a eu quelques gestes de sympathie au passage à l’endroit de l’assemblée avant de prendre place au box des accusés. Installé au siège N° 535 et drapé dans un costume  brun clair assorti d’une cravate bordeaux, l’officier avait le teint pâle et avait visiblement perdu de sa superbe mine durant les trois années de sa détention préventive. Le visage amaigri, le tombeur d’ATT, l’officier supérieur avait à ses côtés, ses 16 co-accusés. Parmi les plus représentatifs, Yamoussa Camara, ex-ministre de la Défense, Dahirou Dembele, ancien chef d’état-major, et Amadou Konaré, son homme de main, tous poursuivis dans l’«affaire des bérets rouges». Seul absent, Amassegue Dolo, l’un des accusés, décédé durant sa détention.
Malgré cette apparence quelque peu caricaturale, le chef de l’ex-junte a tenu à rassurer l’assistance. «J’ai le moral. J’attendais ce jour», a-t-il déclaré. Accusés d’«enlèvement, d’assassinat, et de complicité d’enlèvement», le général Sanogo et ses hommes comparaissent dans l’affaire des 21 soldats disparus entre le 30 avril et le 1er mai 2012 et dont les corps ont été retrouvés dans un charnier. Opposés au coup d’Etat de mars 2012 conduit par Amadou Haya Sanogo qui renversa Amadou Toumani Touré, ces parachutistes appelés «bérets rouges» ont vainement tenté un contre-coup d’Etat un mois après avant d’être pourchassés et rattrapés par le nouveau pouvoir. En décembre 2013, leurs corps avaient été retrouvés dans une fosse commune à Diago, près de Kati, où était basé le quartier général de Sanogo.
Initialement prévu au tribunal de Sikasso, localité située à 370 km au sud-est de Bamako, ce procès a été délocalisé dans la salle de spectacle de la même ville du fait de sa forte capacité d’accueil. La première salle d’audience ayant été jugée trop étroite pour contenir le nombreux public. A l’audience d’hier présidée par Mamadou Berthe, premier président de la Cour d’appel de Bamako, le procureur général, Mamadou Lamine Coulibaly a déclaré que «le procès mettra le temps qu’il faut pour la manifestation de la vérité».  Le général Sanogo et ses hommes risquent la peine de mort.