Le temps de la solidarité au Cameroun

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“Ne peut accueillir des centaines de milliers de réfugiés qui veut, mais qui peut”

La paix et la sécurité, le développement, et les droits de l’homme. Le système des nations Unies a su définir des classements qui sont devenus des standards internationaux pour donner un rang positif ou négatif aux nations du monde, créant des continuums qui distinguent les plus fortes et des plus faibles, les plus avancés et les moins avancés, les champions des droits humains et les mauvais élèves dans cette catégorie. Par contre on ne connaît point de classement mondial sur les pays les plus solidaires et les moins solidaires alors que la solidarité internationale est devenue une valeur cardinale qui peut clairement déterminer quel pays respecte le plus les droits de l’homme. Que vaut la grandeur d’une nation qui ne peut pas montrer sa solidarité envers les autres ? Et si on dégradait la note des nations intolérantes aux autres comme le font les agences financières pour vous dire que vous êtes décidément devenu un très mauvais élève de l’industrie financière par votre façon de gérer votre économie. Beaucoup de nations sont devenue de très mauvais élèves en matière de solidarité et d’accueil des réfugiés. L’occident aujourd’hui court en pleine vitesse vers les idées obscurantistes qui ne gênent le regard que quand elles sont d’ailleurs vues comme externes à sa civilisation. Les peuples des plus grandes puissances du monde n’ont plus de gêne à voter et porter au pouvoir les partis politiques extrémistes ou faisant programme sur les idées extrémistes du rejet des étrangers, du rejet des immigrés et actuellement du rejet des réfugiés. Les extrémistes sont aux portes du pouvoir et l’on s’en accommode volontiers comme au temps jadis où l’Europe avait montré son pire visage de haine au monde entier l’entraînant coup sur coup dans deux guerres mondiales. Et si l’on créait un Palmarès mondial des pays de grande solidarité ? Nul doute que notre pays le Cameroun y rentrerait actuellement en très bonne place par le bénéfice de son action pour la prise en charge des réfugiés et déplacés de ses pays voisins fuyant les conflits dont le Cameroun doit en plus se protéger en répondant à la guerre qui lui est imposée par une guerre pour se protéger des invasions barbares et meurtrières sur son territoire. Territoire sous mandat de la SDN, puis sous tutelle de l’ONU, le Cameroun a été admis à l’ONU le 20 septembre 1960. Pupille des Nations unies, le Cameroun figure également parmi les pays africains qui participent de façon positive et active à la vie et aux activités des Nations Unies. Cet attachement à l’ONU se traduit par la participation active du chef de l’Etat Paul Biya aux grandes rencontres internationales tenues au siège de l’ONU. Le Cameroun a aussi siégé en qualité de membre non-permanent du Conseil de sécurité de 2001 à 2003. La relation entre le Cameroun et l’Organisation des Nations unies aura connu l’un de ses points culminants avec la résolution de l’affaire Bakassi, dont l’Accord de Greentree aux Etats Unis d’Amérique, du 12 juin 2006 entre le Cameroun et le Nigeria, sous les auspices de Kofi Atta Annan, alors secrétaire général de l’ONU et en présence de quatre Etats témoins (France, Etats-Unis d’Amérique, Allemagne et Royaume-Uni de Grande Bretagne et d’Irlande du Nord), et qui venait confirmer la souveraineté du Cameroun sur la péninsule de Bakassi, est l’une des principales illustrations. Cet accord s’inscrivait en droite ligne des pourparlers engagés par le Cameroun et le Nigeria, sous l’égide des Nations Unies en vue de la mise en oeuvre de l’arrêt de la Cour internationale de justice de La Haye du 10 octobre 2002. Toutefois, ces dernières années, le président Paul Biya, tenant compte des mutations intervenues depuis 1945 et du poids actuel de l’Afrique, a appelé de ses voeux une réforme de l’ONU. En effet, le 6 janvier 2012, dans son discours en réponse aux voeux du corps diplomatique à Yaoundé, le Chef de l’Etat Paul Biya déclarait: «J’observe aussi, pour le déplorer, que, contrairement à ce que l’on avait pu espérer, la réformes des Nations Unies marque le pas. L’Afrique demeure sous-représentée au Conseil de sécurité, ce qui ne lui permet pas de peser suffisamment sur les décisions qui concernent l’ensemble de la communauté internationale, y compris celles qui touchent à ces propres intérêts. Il y a là, outre une injustice, le risque de ne pas prendre en compte la position des intéressés et de faire fausse route». Le 24 octobre dernier on célébrait le 70e anniversaire de l’ONU, l’occasion de contempler l’histoire des Nations unies et faire le bilan de ses activités. Mais aussi un temps pour mettre en lumière les domaines dans lesquels l’ONU et la communauté internationale tout entière ont besoin deredoubler d’efforts pour répondre aux défis actuels et futurs, sur trois thèmes principaux d’action: la paix et la sécurité, le développement, et les droits de l’homme. L’ONU redoute une crise humanitaire en 2016 au Cameroun nous martèle en cette date anniversaire Najat Rochdi, coordinatricerésidente du système des Nations Unies au Cameroun. Une aggravation de la crise humanitaire est à craindre en 2016 au Cameroun due à une augmentation du nombre de réfugiés et de déplacés, conséquence des violences persistantes de la secte islamiste nigériane Boko Haram, déjà à l’origine de la présence dans des camps de réfugiés dans ce pays de quelque 61.000 ressortissants nigérians, alertent les Nations Unies. Selon les dernières estimations, notre pays accueille sur son sol à ce jour, en l’occurrence dans la région de l’Extrême-Nord, un total de 61.435 réfugiés nigérians dont plus de 45.000 dans le camp de Minawao, un site sous protection des forces de défense et de sécurité camerounaises, administré avec le concours du Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), en appui aux autorités locales. S’y ajoutent 81.693 déplacés internes camerounais poussés hors de leurs foyers par les attaques croissantes depuis 2014 de Boko Haram, précise en outre Najat Rochdi, coordinatrice-résidente du système des Nations Unies au Cameroun. En augmentation suite aux attentats-suicides enregistrés depuis juillet, ces chiffres sont supérieurs aux prévisions établies en début d’année et pour lesquelles les Nations Unies avaient estimé à un montant de 260 millions de dollars (130 milliards de francs CFA) les financements annuels pour la gestion de la crise humanitaire. A l’approche de la fin de l’année, seule un peu plus de la moitié de ces fonds, soit 140 millions de dollars (7 milliards de francs CFA), a pu être mobilisée, de la part d’un petit nombre de donateurs, dont en tête les Etats-Unis, suivis du Fonds des Nations Unies pour l’aide alimentaire, de la Grande-Bretagne, du Japon, du Canada, de la Suède, de la France ou encore de la Suisse, révèle Mme Rochdi. Parmi les quatre pays affectés par cette menace terroriste, dont en outre le Nigeria, le Tchad et le Niger, le Cameroun, peu habitué avec l’expérience de l’aide internationale due aux crises humanitaires de cette nature, le Cameroun serait le pays “le mieux financé”, a-t-elle relevé lors d’une rencontre avec la presse en prélude à la 70e Journée des Nations Unies qui se célèbre le vendredi 23 octobre à Yaoundé. Avec l’arrivée de centaines de nouveaux réfugiés presque chaque semaine, le HCR craint une augmentation des chiffres en 2016. “Donc, il y aura plus de besoins”, prévient Laurent Raguin, représentant-résident adjoint de cette agence au Cameroun. Une crise pouvant en cacher une autre, environ un million de personnes sont aussi victimes de l’insécurité alimentaire et quelque 100.000 enfants touchés par la malnutrition chronique dans l’Extrême-Nord, à cause des aléas climatiques illustrés par la sécheresse, les inondations et les maladies infectieuses, selon les statistiques officielles. Ces populations sont également prises en compte par les programmes d’assistance humanitaire développés par les Nations Unies, en collaboration avec le gouvernement camerounais. Et pour une meilleure réponse à toutes ces crises, un appel à financements est prévu en décembre pour la mise en oeuvre d’un plan d’intervention stratégique en cours d’élaboration. Pour Najat Rochi, l’objectif est de “sortir de cette chronique humanitaire” dès 2016, par la mise en place d’une stratégie de résilience adéquate visant l’autonomisation au plan économique et social des déplacés internes et des populations locales des zones concernées. Dans cet ordre d’idées, il est annoncé le lancement dans les trois semaines à venir d’un Fonds d’urgence pour les déplacés internes englobant le Cameroun, le Nigeria, le Tchad et le Niger. “Nous sommes dans un stade de stabilisation des réfugiés, dans les sites de réfugiés et dans les villages camerounais qui ont accueilli des réfugiés”, a fait savoir dans le même temps la responsable onusienne. Dans les régions de l’Est, de l’Adamaoua et du Nord, le Cameroun accueille aussi quelque 240.000 réfugiés centrafricains, pour lesquels des programmes de relèvement précoce étendus notamment à ces victimes nigérianes de Boko Haram de l’Extrême-Nord, sont exécutés depuis cette année. C’est pour préparer leur retour au pays une fois que les conditions seront appropriées, explique Mme Rochdi. Juguler l’insécurité dans ses régions septentrionale et orientale est un défi crucial pour le Cameroun, qui a choisi de célébrer le 70e anniversaire de l’ONU sous le thème “paix et sécurité pour la réalisation des Objectifs du Développement Durable” adoptés fin septembre à New York, en remplacement des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) qui ont enregistré des résultats mitigés dans ce pays. Le Cameroun est en train de gagner là ou les chancelleries occidentales ne l’attendaient pas du tout. Notre pays force le respect international actuellement par sa capacité à laisser de façon paremente ses frontières ouvertes pour accueillir des refugiés alors que dans le même temps le pays est confronté à une guerre et de nombreux conflits frontaliers qui dans d’autres logiques humanitaires comme on voit en Europe pourrait pousser un pays à fermer ses frontières construire des murs de barbelés, instiller dans la population la haine et d’intolérance vis à vis du prochain. Tout cela n’est pas d’actualité dans le triangle camerounais appelé également l’Afrique en miniature.