La volée de l’indépendance, les enfants de la perdition ?

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Ils semblent rêveurs et impréparés à assumer la relève de Paul, de Marcel, de Djibril, de Philémon, de Ali, de Martin, de Laurent, de Bello. Des séjours de plusieurs années en postes ministériels n’ont pas encore suffis à leur conférer étoffe, la stature. Comme des héritiers étourdis, ils attendent le choix du destin. Pourquoi ils diffèrent tant de leurs aînés ? On se le demande tous. Trop épicuriens pour assumer la charge ingrate, trop conformistes pour sortir des rangs. En fait la réalité c’est qu’il manque de charisme et de leadership positif. Le talent ne se cache pas il se révèle et s’impose a tous comme une évidence. Paul était une évidence pour Ahidjo qui est une évidence pour Paul. Qui voit-il quand il doit regarder plus loin derrière dans la volée de l’indépendance parmi les quadragénaires et les quinquagénaires. Un fort bataillon de promus aux grandes fonctions de l’Etat mais peu de talents en devenir ayant grandi comme des baobabs politiques à l’image de leurs ainés.Voyageons au coeur de la République des enfants gâtés très peu pressés à s’affranchir de la tutelle de leurs devanciers
Enfant vient du mot latin « infans » qui signifie « qui ne parle pas ». Un enfant est un « être humain dans l’âge de l’enfance ». Le Cameroun est un curieux pays et/ou un pays curieux. Les littéraires rompus attesteront bien que cette tournure langagière n’est pas une fioriture. Le Cameroun est une République qui fait douter de l’utilité et de la pertinence des valeurs universelles, notamment celles éducatives. Le comportement d’un individu cesse
t-il d’évoluer avec sa personnalité au fur et à mesure qu’il s’instruit ? Régresse-t-on irrémédiablement vers l’enfance en même temps que le niveau de responsabilité s’élève dans une société ? Ce sont là des questions à l’adresse de nos dirigeants et de ceux qui, en face d’eux, pour une raison ou pour une autre semblent s’être donnés pour activité de se jeter des peaux de bananes, bref, de se faire enfants.
La volée de l’indépendance, les enfants de la perdition ?
Les Nations Unies considèrent comme enfant, toute personne dont la tranche d’âge est comprise entre 01 et 18 ans. La Charte africaine des droits de l’enfant classe l’enfant dans la tranche de 01 à 25 ans. Un adage de on ne sait plus où ni de qui dit que l’Homme commence par être un enfant, grandit pour l’âge adulte et termine dans sa vieillesse comme un enfant. C’est donc dire que des adultes apparents peuvent être au fond de grands enfants. Mais, à bien y regarder le Cameroun présente tout d’une république des enfants dont les synonymes sont connus : bambin, bébé, fille, fillette, gamin, garçon, garçonnet, gosse, petit et même les plus populaires comme : loupiot, marmot, mioche, môme, mouflet, moutard etc. tant les comportements de ces adultes qui nous dirigent ou aspirent ou prétendent vouloir nous diriger laissent à désirer. Ils se démarquent par plusieurs caractères. Des enfants « gâtés » Ils ont eu toutes
sortes de jouets et de gadgets par leurs positions dominantes dans la société et au nom de l’article 02. Mais ils continuent tout de même à lorgner le dernier jouet, celui de celui qui leur a accordé l’article 02. Celui de celui qui a fait d’eux des adultes respectés et respectables. Ils font d’ailleurs tout pour le discuter et l’obtenir. Ils font tout pour obtenir ce dernier jouet en enfermant leur père dans ses idées, en simulant et en faisant semblant à tous les coups, en laissant tout pourrir, en conspirant, en transformant toutes les promesses de leur père créateur en rumeur permanente et constante. En engrangeant impunément le butin de l’alternance. D’ailleurs, ils sèment jardinent au concret l’idée de Maurois : « les enfants malheureux sont souvent…des enfants terribles ». Ils n’ont pourtant pas été malheureux jusqu’ici et jusqu’aujourd’hui. S’ils l’avaient été, comment penser qu’ils aient passé des vies entières à des postes et responsabilités enviés et convoités par toute la République ? Sans être malheureux mais plutôt gâtés, il reste qu’ils sont devenus des enfants terribles qui ont transformé le Cameroun en une République des enfants. Ils oublient qu’aucune révolution n’épargne ses enfants. Lorsqu’on a creusé un trou ou une tombe, l’on n’est pas toujours certain que l’on ne sera pas le premier à y entrer. A moins que l’on sache et connaisse déjà le cadavre qui y sera enterré. Et si le cadavre que l’on prétend connaitre n’est qu’un comateux en résurrection ? Ou plutôt, et si l’on est soi-même le fantôme qui se ballade parmi les vivants et qui croit être plus vivant que les vrais vivants ? Ils oublient qu’ils ne sont pas les seuls enfants du Cameroun. Que tout pouvoir vient de Dieu, que tout pouvoir mal acquis ne profite jamais. Leur père et créateur a acquis son jouet par une fortune que même eux, ses « enfants » ignorent. Il a gardé son jouet jusqu’aujourd’hui, malgré les hommes et malgré les esprits. Certainement, lui-même sait qu’il ne le gardera pas éternellement. Peut-être même qu’il ne sait pas quand est-ce qu’il s’en séparera, ni comment il le quittera. Mais il doit certainement être conscient de ce qu’il est porté par un souffle dont lui-même ignore l’origine : le destin. Sinon, comment justifier une telle placidité de sa part alors que sa marmaille d’enfants, de neveux, de cousins, d’amis de ses enfants/neveux/cousins, ne font que s’agiter de plus en plus nerveusement et violemment et à tourner de plus en plus vertigineusement autour de son jouet ? Ils oublient que chaque génération a son président. Qu’ils aillent donc savoir à quelle génération ils appartiennent pour identifier leur président. On ne partage ses jouets qu’avec ses parents ou ses amis. Suivons le regard. Tous les enfants du renouveau peuvent-ils se renouveler ou se rajeunir ? Tous ceux qui ont tété la mamelle du renouveau, auront-ils encore l’âge et les arguments pour imaginer, dessiner, créer et conquérir l’époux propriétaire de la prochaine mamelle dont personne ne peut encore donner le nom ? Les générations se suivent et se succèdent. On devient président par Dieu et pour les hommes. Même le président le plus malchanceux, s’il est arrivé par la grâce, partira par la grâce. Ils oublient que le peuple camerounais n’est pas un bétail. Il n’est pas une « moutonnerie » du berger panurge. Il sait distinguer ses intérêts du moment. Il sait qui est qui, qui fait quoi. Il ignore peut-être celui qui viendra. Mais il saura l’accepter ou le rejeter le moment venu. C’est quand même lui le souverain. Celui par qui commence et échoue toute volonté. Celui qui lie sur terre pour que Dieu lie dans l’éternité. Ces enfants gâtés oublient que le successeur de Biya est déjà connu. Peut-être par lui-même. Mais seul le « berceau de nos ancêtres » le connait. Parce que le coeur de tout camerounais, où qu’il se trouve bat sur cette terre qui a vu tant de générations d’enfants, indifférents, agités ou avides du dernier jouet. C’est cette terre qui n’a jugé bon jusqu’aujourd’hui de n’offrir en 55 ans que deux présidents à ses enfants, gâtés ou non.